vendredi 10 février 2017

Atelier d’écriture du 28/11/2016

Animé par : Greg

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« La vie est un court exil » – Platon.

« En pays d’exil, même le printemps manque de charme. » – Proverbe russe

« L’exil est une espèce de longue insomnie. » – Victor Hugo

« L’exil avec la richesse, c’est une patrie. La pauvreté chez soi, c’est un exil. » – Proverbe arabe

« La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. » – Friedrich Nietzsche

« L’exil de l’homme, c’est l’ignorance ; sa patrie c’est la science. » – Honorius d’Autun (moine et théologien chrétien du XIIe siècle)

« Les pires exils sont intérieurs. » – Anne Dandurand (auteure canadienne contemporaine)

« Un exilé n’a plus d’amis, et ce malheur est bien plus cruel que l’exil. » – Théognis de Mégare (poète grec du VIe siècle av. J-C)

Racontez un périple réel ou imaginaire loin de votre pays et de votre famille et décrivez votre nostalgie, vos espoirs, les éventuels pays traversés, les personnes rencontrées, etc.

Vous pouvez vous inspirer des proverbes ou citations ci-dessus (en les utilisant comme première phrase, par exemple).

***

Lorsque j’arrive sur le port, l’odeur de varech me saute aux narines. Le vent porte les mouettes haut dans le ciel. Une forêt de mâts se balance au gré des vagues. J’entends des cris, des ordres hurlés dans des langues dont la plupart me sont inconnues. Des hommes, surchargés de sacs et d’amphores de toutes sortes entrent et sortent des bateaux. L’ensemble dégage une image de chaos, mais un chaos ordonné comme celui des fourmilières. Chacun a son rôle, chacun a son poste. Mon sac de toile à la main, je traverse la foule en constant mouvement sur les docks. Des gars musclés me bousculent. Je suis complètement perdu dans cette masse grouillante. Des moutons qu’on pousse à fond de cale bêlent plaintivement. Des poules caquettent dans leurs cages, affolées, perdant des plumes à chaque battement d’ailes. Un type barbu semble attendre, le coude appuyé sur une jarre de terre cuite. C’est le seul individu dans cette foule qui semble immobile. J’en profite. Je lui demande où est le navire du capitaine Theognis. Il me regarde d’un œil morne et sans un mot, sans même se redresser, il tourne la tête en direction du navire derrière lui. Il est plus petit que les autres et me semble bien mal en point.

« C’est toi, Homère de Chios ? me demande le barbu.

« Oui, je lui réponds en posant mon sac.

« Je suis le capitaine Theognis, prêt à embarquer, jeune homme ?

Il me fait signe de monter à bord. Je reprends mon maigre bagage et m’engage sur la passerelle. Il embarque derrière moi et hurle des ordres en grec.

« Levez la passerelle ! »

« Larguez les amarres ! »

Le navire craque. J’ai l’impression qu’il va s’éparpiller au moindre coup de vent. Une fois sorti du port, les voiles sont déployées et mon voyage commence. Le capitaine ordonne à un matelot de me montrer mes quartiers. Celui-ci me fait descendre à la cale. j’ai droit à un hamac tendu entre des jarres d’olives et des amphores de vin. Ça sent fort la saumure et la vinasse en même temps. Je pose mon baluchon sur le hamac et remonte sur le pont. Le vent est favorable mais un peu fort. Le mal de mer commence à faire remonter le repas, pourtant frugal, que j’ai pris à l’aube, juste avant de partir. Nous sommes plusieurs passagers comme moi. J’ai pu payer le voyage à l’avance, donc je n’ai pas besoin de travailler à bord. Mais d’autres, moins fortunés, doivent nettoyer le pont, participer aux manœuvres et faire la tambouille pour payer leur traversée. Le bois de la coque craque de plus en plus et, en me penchant, je m’aperçois que plusieurs planches sont disjointes. Au fil des nuits, enfin des quelques heures passées à fond de cale à tenter de fermer l’œil, je vois bien que l’eau s’infiltre et alourdit le bateau.

Au loin des nuages annoncent qu’une tempête arrive de l’ouest. Le bateau s’agite dans tous les sens. À chaque creux, j’ai l’impression que la mer va nous engloutir si Poséidon ne vient pas à notre secours.

Nous nous agrippons tous à tout ce qui peut nous empêcher de passer par-dessus bord : le mât, le bastingage, des cordes, etc. Des paquets de mer déferlent sur le pont, emportent des malheureux dont le hurlement se perd dans le fracas des vagues gigantesques. Une vague projette ma tête contre le mât et je sombre dans l’obscurité. Le goût et la froideur de l’eau salée me réveillent puis je m’enfonce dans la noirceur liquide et m’évanouis à nouveau.
Lorsque je reprends connaissance, la joue enfouie dans du sable, une toux irrépressible me fait cracher de l’eau, mes poumons me font horriblement mal. Je tourne la tête vers le ciel. Mes yeux sont agressés par la lumière crue d’un soleil à son zénith. Des planches sont amenées par de douces vaguelettes sur ce rivage inconnu. Je me sens faible et désespéré, mais étrangement libre, entièrement libre, pour la première fois de ma vie. Mon voyage ne fait que commencer, me dis-je en me relevant.
Greg.

Atelier d’écriture du 14/11/2016

Thème : Handicap et Corps
Animé par : Carole
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Le corps, qu’est-ce que c’est ce corps qu’on traîne, jour après jour, comme une misère, une fierté, une jeunesse, une enclume ou une plume ? C’est le scaphandre de notre âme, le siège de nos désirs, le lieu d’où l’on part pour s’élancer vers l’autre, l’autre qui en aussi un de corps, différent mais pareil en même temps, comme nous-mêmes mais avec une enveloppe un peu plus ceci ou moins cela. Les mains se serrent, les pieds se touchent. Épaule contre épaule, on avance de front ou l’un contre l’autre quand ça va mal. On dit alors que les esprits s’échauffent, mais le corps aussi s’échauffe, avec ces muscles qui se tendent, ces phalanges qui se rapprochent. Et que dire alors de l’attirance des corps, cette exaltation des tous les sens qui tourbillonnent, s’entrechoquent, faisant naître en nous des mouvements contradictoires : un pas en avant, un pas en arrière.
Et puis parfois, le corps, il lui manque un truc, quelque chose comme la fluidité du mouvement, une capacité de communiquer d’une certaine manière, un sens ou un autre.
Mais l’humain a autre chose dans le corps que ses membres et ses organes sensoriels, quelque chose de bien matériel, dans une boîte solide, à toute épreuve.
Une matière grisâtre, à l’aspect pas très engageant, mais qui produit de l’essentiel, de l’immatériel, certaines choses pas très belles mais quelques arcs-en-ciels, qui interroge, agresse, caresse, dialogue avec le monde, fait des projets, émet des soupirs, compense les manques, ajoute des couleurs à l’existence pour disputer à la misère ce droit de régner sur nos corps sans partage, qui prend sa revanche, qui permet de s’évader.
Après avoir observé et peut-être même jugé le corps de l’autre, prenons le temps de lui demander ce qu’il y a dans sa boîte, en haut du squelette, nous pourrions être surpris de nous voir nous-mêmes, comme dans un miroir un peu trouble, et de voyager dans des univers dont nous n’aurions jamais soupçonné l’existence.
Greg.

Atelier d’écriture du 24/10/2016

Thème : Les Addictions
Animé par : Marie-Hélène
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Morale élémentaire
Dis-leur merde aux dealers



Addiction frénétique
Solitude illégale
Habitude ingérable

Abstinence honteuse




Déprime médicale
Éducation emprisonnante
Dérivatif sucré







Dérivatif empoisonné


Le dernier, c’est juré


Les jurés ont rendu leur verdict


Une cuillère d’alcool, j’en suis addict


Entassement des blanches lignes


Je replonge dans le produit de la vigne


Pour ne plus ressentir le vide


Ni cette brique pesante dans mon bide




Angoisse comblée
Tremblement éthylique
Pari truqué

Flagrant délit répétitif





Écriture en vers turcs : sans les lettres B F M P V
Deux heures de rien. j’ai deux heures à ne rien glander sur une chaise. Une angoisse étrangle l’intellect du gars torturé que je suis. Horreur. Je dois résister. Une lutte a lieu en cet instant. Dois-je étreindre cette cocaïne des neurones qu’est la rotation des doigts antagonistes des index l’un autour de l’autre. Je ne dois craquer sous aucun … Ha ! Encore accorder à cette saleté le gain de la guerre ? Non !
Je gis sur le carrelage glacé, la tête contre le sol. Quel con ! Les canines ont rongé les doigts. Je ne dois songer à rien qui ait l’air de cela. Regarder la télé ! Oui ! Ce truc noir soulage l’angoisse. Soirée orgiaque : Derrick, la recherche d’une étoile de la chanson, des idiots sur une île déserte, des gars louches en costard racontant des sornettes, ainsi que d’autres rigolades nulles.
La nuit s’est écoulée. Le jour éclot. Doigts intacts. Soulagé.
Greg.

Atelier d’écriture du 10/10/2016

Animé par : Greg

Textes à trous de la Fête du Livre.

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Des missiles fusent, des grognements de bêtes qui s’ébrouent lourdement après un déluge. Quelques rafales lavent le pont, dispersant un peu de métal fondu, des trombes rouges sifflent sur la coque du vaisseau, plongent et s’effilochent mais le gros des combats est passé. Une vitre se brise dans un énorme fracas et sur la passerelle apparaît une pieuvre extraterrestre de la Constellation de Véga, une des espèces les plus agressives de la Galaxie.

« Foss Grô Meu » hurle-t-elle.

Elle brandit un fusil à plasma au bout d’un de ses membres flasques de céphalopode géant.

Nous nous faisons tous petits dans notre cachette. Nous ne sommes plus que deux et je suis le seul qui soit armé. Et encore ! Mon pistolaser ne parviendrait même pas à entamer leur chair molle. D’autres octopodes débarquent. Il y en a de toutes sortes : des encornets, des calamars et même quelques seiches. On dirait que toutes les entités à corps mou de l’Univers se sont ligués contre nous. Nous nous glissons dans les conduits d’aération J’ouvre la marche, avec mon arme ridicule. Max me suit, soufflant comme un forcené.

Le pauvre ! Il n’a pas eu de formation militaire. Il est simple informaticien et réparait une panne dans Fenêtres 3008, notre nouveau système d’exploitation lorsque l’attaque a eu lieu. Quant à moi, je viens juste de finir mon entraînement de fantassin de l’espace avec la mention passable. Comme première journée sur un vaisseau de guerre, on a vu plus facile. Les deux seuls survivants dans cette carcasse dérivant dans le cosmos sont à peine plus qualifiés que des touristes en excursion.

Mais j’ai eu une idée lumineuse. On va se faufiler vers l’arrière, les propulseurs, et les faire sauter avant de nous enfuir vers les capsules de sauvetage. Plus facile à dire qu’à faire. Mais mon informaticien qui s’asphyxie derrière moi va m’être d’une grande aide. Il va faire planter le programme qui gère toute l’énergie du vaisseau. Un bel écran bleu, des insultes en anglais, et puis une grosse explosion au bout de quelques minutes. De quoi transformer notre superbe destroyer en un plateau de fruits de mer fumant.

« Attends, me dit Max qui s’arrête pour reprendre sa respiration.

« Nom d’un chien, avance ! je lui lance, agacé par sa lenteur.

Soudain, en dessous de nous, dans le corridor, un bruit de glissement de chairs visqueuses sur le sol. Une énorme pieuvre patrouille, fourrant ses tentacules dans les moindres recoins pour trouver d’éventuels survivants. L’un de ces tentacules atteint la grille à côté de nous. Max a cessé de haleter. Le tentacule, semblant doté d’une vie propre, tâtonne. Il passe si près de mon visage que je vois les ventouses. Nous retenons notre respiration. Au bout de quelques secondes interminables, le tentacule disparaît et le bruit de glissement recommence puis s’éloigne progressivement. Max est proche de l’évanouissement.

« Réveille-toi, je lui murmure en lui secouant l’épaule.

« Hein ?, fait-il.

Son regard est celui d’une bête traquée, épuisée, prête à craquer.

Je le tire par le col et nous continuons notre progression vers les propulseurs. Le conduit débouche dans un local technique avec plein de câbles énormes partout.

« Tu sais où on est ? je demande à Max.

« Propulseur droit, étage de refroidissement, je crois…

Il se dirige vers un écran noir qui s’allume à son contact. Il tape quelques instructions, Ctrl Alt Suppr et hop ! Écran bleu !

« On a deux minutes trente avant l’arrêt du refroidissement du cœur nucléaire !

« Ça va être court, je fais en commençant à courir.

« T’inquiète pas, dit-il, les capsules de sauvetage sont pas loin.

En effet : à deux pas, on y est.

Notre capsule s’éloigne du vaisseau à grande vitesse. Une explosion silencieuse nous secoue un peu. Le destroyer est vaporisé.

Plus jamais je ne mangerai de fruits de mer.
Greg.

Atelier d’écriture du 26/09/2016


Animé par : Laurence

Un personnage sort de chez lui avec son animal familier.

Il fait le tour du pâté de maison, achète son journal (ou son pain), donne la monnaie au mendiant du coin de la rue et rentre chez lui.

Développer cette histoire en utilisant :

  • des allitérations,
  • un langage familier
  • un langage soutenu
  • un langage technique
  • un langage poétique
  • un langage enfantin
  • un style fantastique
  • une recette de cuisine
  • ou autre…

***

Le dix-huitième jour du dixième mois de l’An de Grâce Deux Mil et Seize, Charles-Édouard s’extirpa de son domicile, accompagné de son lévrier pure race, descendant direct des chiens de chasse de Charlemagne, pour faire le tour des demeures du quartier de Saint-Hippolyte et faire l’acquisition de la gazette quotidienne de la localité. Ayant posé sur le comptoir, devant la souriante buraliste, un billet d’une valeur de cinq cents euros, il dut empocher une grande quantité de piécettes en guise de monnaie. Sortant de la petite échoppe, il fut bien embarrassé de tout ce métal gonflant et déformant les poches de son habit. Sur le chemin de retour vers sa résidence, il fut importuné par un pauvre malandrin désireux de recevoir de sa main quelques espèces sonnantes et trébuchantes. Se souvenant des paroles touchantes du curé de la paroisse concernant les mérites de la charité chrétienne, il laissa tomber dans l’escarcelle du manant quelques menues pièces ainsi qu’un billet dont il ne connaissait pas le montant. Ainsi délesté, plus léger, il admonesta son compagnon canin qui reniflait dans un bac à fleurs et cherchait lui aussi à se délester, sur le trottoir, d’une monnaie légèrement plus… malodorante. Il rentra dans son manoir, bien réconforté par l’odeur du café chaud servi dans la salle à manger par le maître d’hôtel.

*

Par un sombre soir d’hiver sans lune, l’étrange silhouette d’un homme surgit de nulle part sur le trottoir. Il avait sur l’épaule gauche une créature plus noire encore que le ciel nocturne : un corbeau énorme qui croassait de temps à autre en déployant ses ailes d’une envergure démesurée. L’homme marchait d’un pas lourd. Son visage était masqué par le rebord d’un chapeau de feutre et il portait un manteau très long. Parfois, à la lueur blafarde d’un lampadaire, le col de ce manteau laissait entr’apercevoir une partie de sa physionomie : une oreille au teint pâle et des poils d’une barbe rousse. Il s’avança vers la porte d’entrée d’une modeste boutique, hésita un instant, puis la poussa. Elle émit un grincement sinistre et l’homme au corbeau fut accueilli par une vieille dame ratatinée au regard mauvais. Il émit un grognement sourd, un de ces grognements qu’on entend parfois dans les bois… La vieille, qui ressemblait à une chouette derrière ses lunettes qui lui mangeaient le visage, eut un hochement de tête très lent, se déplaça difficilement et finit par poser sur le comptoir un parchemin sur lequel on pouvait, lire, en lettres gothiques : « Gazette de Transylvanie ». L’homme fouilla dans une des poches de son manteau et en retira des écus en bronze qui tintèrent sur le comptoir et que l’ancêtre fourra illico dans son tiroir caisse. L’homme s’empara du journal et de la monnaie puis entama le chemin du retour. Sur le trajet, il rencontra un bossu plein de pustules qui lui tendait une main dévorée par la lèpre. L’homme au corbeau sembla ému de cette détresse. Sous le regard inquisiteur de son compagnon à l’obscur plumage, il sortit, des tréfonds de sa poche, une piécette qu’il lança en l’air et qui retomba dans la main du bossu qui gémit de contentement et dont les yeux se mouillèrent de gratitude.

Le corbeau croassa, la brume s’épaissit. L’homme dans l’obscurité s’évanouit. Il n’y eut plus aucun bruit. Ainsi se déroula la nuit.
Greg.

Atelier d’écriture du 29/08/2016

Animé par : ???

Le texte ci-dessous- a été fendu en deux.
Il ne reste que la moitié gauche de la première page du roman de Jean-René Huguenin, "La côte Sauvage".
Saurez-vous compléter la partie droite de ce texte, de telle sorte qu’il devienne cohérent et d’en écrire la suite ?

***

Il s’est approché dans le clair-obscur du soir naissant. L’instant d’après, il s’arrête à quelques pas, revient sur le chemin, se retourne ; il se glisse derrière un fourré. On ne voit que son visage dans l’ombre qui se détache au milieu des teintes bleues des fleurs. Il saisit son briquet et s’approche de l’arbre. La flamme vacille dans la brise légère. Anne sursaute en apercevant la lueur.

« Qui est là ? » demande-t-elle, hésitante, apeurée.

Immobile, le briquet à hauteur des premières branches de l’arbre, il fait un pas en direction du chemin lorsque sa sœur avance vers lui, la tête inclinée (ses cheveux détachés pendent le long de son buste), il sort du buisson et appelle, dans un souffle :

« Anne ! »

« Anne ! »

Le même appel, au même instant, a retenti plus fort en provenance de la maison. Elle n’entend que celui de son frère. Elle redresse son buste et penche en avant sa tête, comme si elle ne le reconnaissait pas. Puis elle s’élance dans ses bras et, sans parler, ils s’étreignent. Il hume l’odeur de ses cheveux, uniquement parfumés par de la fleur d’oranger.

« Tu as eu peur, dit-il, tenant sa main.

Un hibou s’envole, quelques grillons font entendre leur chant crissant, un écureuil passe de branche en branche mais ne touche pas le tronc de l’arbre au pied duquel ils se tiennent maintenant séparément.

« Comment es-tu venu si vite ?, demande-t-elle d’un ton mi-joyeux mi-inquiet.

« À vélo jusqu’au village, répond-il, et un ami m’a amené en voiture jusqu’ici.

« Anne !

Encore cet appel insistant provenant de la maison. Une tonalité masculine, autoritaire, dans la voix, ne supporte ni contradiction ni délai.

Anne ne se trouble pas cependant.

« File avant que tu ne sois repéré ! Tu ne peux pas rester là !, dit-elle.

« Je sais, je voulais juste de voir. Dis aux autres que je suis vivant, je passerai les voir dès que je pourrai.

« Anne !

Ils s’embrassent une dernière fois. Il se retourne. Son visage s’enfonce dans l’obscurité. La main d’Anne s’appuie sur la rugueuse écorce. Elle perçoit en bas, sur la route, le bruit d’une traction qui démarre en trombe.

« J’arrive, Antoine, j’arrive !

Elle se dépêche de rentrer. Il commence à faire frais. Elle frissonne.
Greg.

mardi 8 novembre 2016

Poèmes de l'été


Faut la rattraper!

Il courait à toute berzingue
Faut la rattraper! Faut la rattraper!
Battre la campagne, dévorer les sous-bois
Le pré à traverser, ranger les artichauts
Fer à repasser les coeurs, faire en sorte qu'elle revienne
Tant et si bien
Qu'il chuchotait son nom par-dessus les montagnes
c'Est fini, elle est partie
Encore plus loin que l'océan. sur une île où il fait toujours
Chaud. Elle avait fui les intempéries.


Charité

Charité est un bien vilain mot, disait l'accroche-coeur
Bien vilain ce repas, contraire du désir et des légères moeurs
Ordonnée bien à plat dans le met "oraison"
Commence par goûter à la folle passion
Par chanter bien en choeur
Soi-même est son poison.


Pierre

Pierre, ce coquin, à l'allure de brigand
Qui colle une vipère au noeud de ces matrones
Roule la fille et la mère et le nid et l'enfant
N'attire que soupirs dans un puits de désirs
Amasse un trésor qu'il étouffe aussitôt
Pas sorti de l'auberge qu'il ruine tout espoir et la
Mousse au matin accrochée au soulier, arrachée sur le champ comme tout amour en lui qui se croit rassuré.

                                                                                                                                             Catherine.