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vendredi 8 avril 2016

Atelier d'écriture du 22/02/2016 - 18h15

Spécial Amnesty International


1er inducteur :

Écrire une liste de « Choses qui… » à la manière de Sei Shonagon, poétesse et dame de cour japonaise (11e siècle), dont l’ouvrage « Notes de chevet » est une œuvre majeure de la littérature japonaise de cette époque.
Les listes de « Choses qui… » de dame Shonagon traitent de sujets légers et poétiques, relatifs à la nature, aux intrigues de cour, à son entourage précieux et raffiné.

Dans l’atelier d’aujourd’hui, nous transférons cette technique à l’expression de choses plus graves. Il s’agira de composer une liste de « Choses qui… » sur des thèmes en relation avec les campagnes d’Amnesty International.

Exemples de listes possibles :
  • Choses qui m’indignent violemment
  • Choses que je rêve de voir disparaître
  • Causes que je me sens prêt-e à défendre
  • Choses que j’observe dans ma ville et qui relèvent des droits humains
  • Causes qui me donnent envie d’écrire
  • Choses auxquelles doit penser le prisonnier
  • Choses qui… (choisissez vous-même un intitulé)

2ème inducteur : la lettre du prisonnier

Vous vous mettez dans la peau d’un prisonnier qui sait qu’on va le torturer pour lui extorquer des aveux.
Vous écrivez quelques lignes à la personne de votre choix pour exprimer vos sentiments.
Vous pensez à la peur, à l’attente de l’interrogatoire, à l’écoute des bruits alentour, aux sentiments envers les proches, le pays, la liberté, la volonté de résister, la lutte, l’espoir…

3ème inducteur : la contrainte du prisonnier

Écrivez un texte sans lettres avec "jambes", comme les p, les d, les q, les j etc. afin de gagner de la place sur la feuille (moins d'espace entre les lignes)

***
1 – Liste des choses qui me déchirent
un enfant qui a faim
un enfant humilié
un enfant qui pleure
un enfant battu
un enfant violé
un enfant qui a mal
un enfant sans mère
un enfant mort....

2 – Lettre d'un prisonnier

C'est un homme qui sait qu'il va être torturé et qui pense qu'il va mourir.
Il écrit à son petit garçon une lettre.
Je l'ai voulue toute en douceur, presque banale car il s'adresse à un enfant. Il parle de tout ce qu'il ne verra plus, ne sentira plus, les petites choses de la vie qu'on oublie quand on est dehors . une façon de lui dire: profite de la vie.
Il  dit : sois fort et le répète encore et encore, il se le dit à lui-même car il a peur justement de ne pas être assez fort face à la torture.

« Mon fils chéri,

Il fait beau dehors. Je pense à toi mon petit, mon tout petit.
Que fais-tu en ce moment ? Regardes-tu le ciel bleu et les nuages voyageurs ? Entends-tu les oiseaux qui piaillent librement ? Sens-tu le doux parfum des fleurs ?
Une nouvelle journée commence pour toi. Tu vas jouer avec tes copains, faire des emplettes avec maman… Aide-la bien ! Elle a besoin de toi, elle aura besoin d'un homme.
J'espère que ton amoureuse t'aime toujours, on a tellement besoin d'amour ! Tu rencontreras des méchants : sois fort, ne t'écrase pas devant eux ni devant ceux qui te veulent du mal. Aie confiance en toi.
Oui, sois fort, mon fils !
Embrasse bien maman.

Oh, on vient me chercher,
Je t'embrasse. Sois fort !!! »
Bernadette.
***
Sur Deux Notes
ou
Rêve de Clavecin
Quelle idée bizarre, perverse, vénéneuse, ont-ils eu, ceux qui m'ont exilé dans le grenier de cette maison, dans ce réduit sombre, humide et froid ? Le jour ne me parvient que par une lucarne aux carreaux sales et fendus. Parfois, une hirondelle se pose sur les carreaux, il me semble apercevoir le dessous de ses pattes, c'est comme un petit coucou que m'adresserait le printemps.
Dans un angle du grenier, un lit cage. Dans l'autre angle, un coin toilette, comme si les lieux devaient accueillir un visiteur que je n'ai jusqu'à présent jamais vu.
À présent... depuis combien de temps dure-t-il, mon éternel présent ? Quand rien ne se passe, une seconde ou l'éternité, c'est du pareil au même.
Je commence à perdre un peu la mémoire, mais je crois me souvenir que je n'ai pas toujours vécu ici , mais plutôt au rez-de chaussée de la maison, dans une pièce immense aux murs lambrissés, au sol couvert de riches tapis. Un lustre gigantesque, aux pendeloques de cristal, éclairait parfois les visages des couples de danseurs tendrement enlacés.
En rêve, je me souviens d'un temps révolu, de fêtes englouties, de bals oubliés.
L'écoulement du temps, je le mesure grâce au calendrier qu'un homme, toujours le même, vient accrocher parfois sur le mur plâtreux, face à moi. Je suppose que cette brève visite indique l'arrivée de l'an neuf. J'en ai compté tant et tant, de ces calendriers, depuis le début de ma relégation, de mon exil... On dirait que des sadiques, mais qui sont-ils ? veulent me faire sentir au plus profond de mon être l'écoulement des secondes, des heures, des années, ces bourrelles, ces bourreaux femelles.
Ce matin, ou cette nuit, comment savoir, deux gardiens sont venus, poussant doucement un homme dans la pièce, et puis ils ont refermé délicatement sur lui la lourde porte de fer. Comment sont-ils faits, ces gardiens ?... Je n'ai entrevu que leurs mains.
J'ai compris : c'est pour cet homme qu'on avait installé, de toute éternité, (quelle pensée absurde !), le lit-cage et le coin toilette. Cet homme allait longtemps vivre avec moi, changer mon destin, ou plutôt m'en donner un.
Le type, vieux, long, maigre, visage ridé, porte sur ses épaules voûtées une veste de smoking usagé. A sa boutonnière un œillet fané. L'ancêtre fatigué s'est assis sur le lit, a regardé la pièce, inquiet, et puis il m'a regardé moi. Il a souri. Alors il s'est levé pour poser ses longues mains décharnées sur mon corps.
J'ai cru renaître. Le vieux a joué, et en virtuose, sur mon clavier " l'Hymne à la Joie ", l'une de mes compositions favorites.
Alors les deux gardiens ont surgi. Ils ressemblent à Laurel et Hardy, mais sont-ils vraiment des rigolos ?
- Cher monsieur, la musique est interdite par le règlement ! a susurré Hardy.
- Premier et dernier avertissement ! a doucement précisé Laurel.
Et ils sont partis en fermant délicatement la porte, c'était vraiment effrayant, tant de douceur.
Le musicien qui m'avait ressuscité s'est allongé sur le lit-cage et puis il a dormi longtemps me semble-il. Et puis il s'est levé pour à nouveau caresser mon clavier. Il a joué le " La Marseillaise ". Je n'aime pas trop cet air là, ce n'est pas une musique de ma génération, mais il en faut pour tous les goûts, et toutes les musiques sont belles, d'où qu'elles viennent, puisqu'elles appartiennent à l'âme humaine, enfin, c'est le poète toulousain qui l'affirme.
Alors, les gardiens ont re-surgi, poussant la porte toujours en douceur. Le sosie de Hardy tenait en main une tenaille minuscule, celui de Laurel un immense sécateur. J'ai cru qu'ils allaient arracher, sectionner les doigts du musicien, mais non, ils ont délicatement amputé mon clavier de la première de mes touches noires, tout à gauche, le plus grave des fa-dièze. (Je précise pour les mélomanes en herbe.)
Mais ça n'a pas empêché le musicien de continuer à jouer, les jours d'après, ou les nuits suivantes.
.... Bach, du jazz et ce bon vieux Fats Waller, des cantiques, des valses musettes et de Vienne, le Chant des Partisans, celui des Marais, mais aussi du Boogie, l'Internationale, des tangos, encore la Marseillaise, des chansons d'amours voire franchement paillardes.
Chaque fois les gardiens surgissent et ces salauds de sosies m'amputent de l'une de mes touches. Ils ont arraché hier mon ultime touche noire.
Et le vieux type s'obstine à jouer pourtant. Au début je l'ai haïe, ce responsable de ma mutilation, mais à présent il est devenu mon allié, et même mon ami. Mon frère d'arme, ou d'âme, en quelque sorte. J'ai compris qu'il était ma raison d'être, et que j'étais la sienne. Nous sommes un couple indissoluble. Nos destins sont liés.
Nous avons donné, aujourd'hui, sur trois notes, un ultime concert pour l'hirondelle posée sur la lucarne. Demain, Laurel et Hardy, tenailles et sécateur en mains, m'amputeront délicatement et en souriant gentiment d'une autre touche. Le musicien et moi ne pourront plus émettre qu'un dérisoire ding-dong, un ridicule bling-blong, (car je suis désaccordé), un genre de pin-pon, comme celui des pompiers et des ambulances, juste avant le grand silence.
... C'est fini. Laurel et Hardy m'ont amputé de ma dernière touche. Me voici sans dents, comme une pauvre bouche.
Le musicien est resté prostré longtemps, longtemps, assis sur le lit, la tête entre les mains.
Et puis il a souri. Il s'est levé pour se saisir d'un clou rouillé et dessiner, sur le jaunâtre mur de plâtre, un clavier sur lequel il a posé les mains. Il joue des mélodies muettes mais que j'entends parfaitement.
L'autre nuit, ou l'autre jour, comment savoir, car ce qui doit être une neige épaisse obstrue la lucarne, j'ai fait l'un de ces rêves de clavecin qui valent bien vos rêves d' humains.
J'ai rêvé d'un jardin tout gazouillant d'oiseaux, tout parfumé par les fleurs.
Un cinéma en plein air y faisait revivre Laurel et Hardy, les vrais, et des enfants de toutes les couleurs riaient, riaient.
J'ai rêvé que j'avais de nouvelles touches, un corps tout neuf, et que le musicien rajeuni, à la chevelure de jais, dans un smoking neuf et impeccable au revers orné d'un oeillet frais cueilli, donnait un concert dans une grande ville chargée d'histoire, entourée par sept collines, comme Rome, et traversée en son milieu par une grande rue, fleuve minéral. Une ville qui existera ou existe déjà. Une ville de l'autre bout du monde ou une ville d'à côté, comment savoir là aussi, le monde est après tout si petit.
Je ne désespère pas. J'attends le printemps avec le musicien mon ami.
Aujourd'hui, deux hirondelles sont venues se poser sur la lucarne.
Les faux Laurel et Hardy ont essayé de les chasser en frappant sur la lucarne avec deux grands balais mais demain ce sont trois hirondelles qui viendront. Peut-être sept, une pour chaque note de la gamme.
Il me semble entendre, montant de la rue proche, la rumeur d'une révolte, et puis un air de bal, un air d'accordéon.
Et les rêves des clavecins, c'est là proverbe de luthier, toujours se sont réalisés.
Henri.
***
1 – Liste des choses qui m'indignent violemment
Lorsque la femme en son printemps
Prend la couleur rouge de sang
Du soleil au loin se couchant...
Sous les coups d'un mari violent !
***
Lorsque l'enfant dans la misère
Suspend sa vie à la patère
D'une existence mortifère...
Au regard de la terre entière !
***
2 - La lettre du prisonnier
Je m'éveille au matin qui s'élève. J'aurais préféré m'endormir au soir couchant et que ce fut le dernier, c'eut été sans doute plus facile... Douze jours déjà que ça dure ; on m'emmène coucher le soir lorsqu'on ne sait plus me réveiller. Le soir ou un quelconque autre moment de la journée, le souterrain dans lequel je me trouve ne laisse pas passer le moindre rai de lumière.
Le silence est pesant : mortel, dirais-je. Entre-coupé chaque seconde environ par le claquement d'une goutte d'eau qui tombe, quelque part, tout près ou bien plus loin. La différence est si faible, tant le silence est omniprésent et ne supporte pas la moindre des perturbations. Ça me rappelle qu'en haut, la vie est encore vie, j'imagine que le jour est encore jour, que les oiseaux sont encore des oiseaux.
Je n'ai rien dit en douze jours, je ne dirai rien le treizième... y aura-t-il un quatorzième ? Parfois le bruit des talons, assourdis par l'épaisseur de terre au-dessus de moi, vient s'entrelacer entre les gouttes, comme un vieux morceau de jazz syncopé. Les courants d'air m'apportent des odeurs de nulle-part ou d'ailleurs, de renfermé, d'humidité... de souvenirs aussi qui se réveillent : la cave sous la maison, le grenier au-dessus du garage, …
Pareil, différent... Tout se mélange. J'ai encore la liberté de respirer, c'est toujours ça de pris, comme un pied de nez à mes bourreaux.
Bruits de bottes... Une porte qui claque...
Je pense à vous très fort ! 
Jean-François
***

1- Liste de choses que je me sens prête à défendre

Le droit de chacun-e à être libre de ses mouvements,
à s’exprimer sans risque d’être emprisonné-e pour ses opinions
(étant entendu que celles-ci ne nuisent pas à autrui)

Le combat contre le viol comme arme de guerre

La situation des enfants qui n’ont pas choisi d’être
Migrant-e-s, Roms, « sans-papiers »

Une répartition des biens qui n’affame pas un continent
pendant que l’autre sature ses poubelles de nourriture excédentaire.

2 – Lettre d'un prisonnier

« A mes camarades qui sont ici

Pour celles et ceux qui, comme moi, ont été pris-es, je vais tenter de faire circuler ce mot.
X…, un de mes geôliers, m’a fait comprendre qu’il n’approuve pas le travail qu’on lui fait faire. Je crois qu’il pourrait accepter de faire passer cette lettre. Il saura à qui.
Ce que je veux vous dire, c’est de garder espoir, de tenir bon.
Certes, nous risquons à tout moment d’être « interrogé-e-s », et nous savons dans quelles conditions ça se passe.
Mais je sais que les nôtres sont sur le point de tenter un coup de force. Il est certain qu’ils auront la prison comme premier objectif et qu’ils s’y préparent déjà.
D’ici là je ne serai peut-être plus là. Je m’y attends, je redoute ce moment. Je suis effrayé et impuissant à en changer le cours.
Ce qui ne mourra pas, pourtant, c’est notre combat. Pour chacun-e d’entre vous qui sortira d’ici, ma pensée vous accompagne et je suis sûr qu’en allant témoigner de ce qui s’est passé entre ces murs, vous recruterez sans mal : pour un-e camarade disparu-e, ce sont dix nouveaux combattants qui se lèveront !
Vienne le jour de la victoire ! Vienne le jour où notre combat sera de rétablir la paix et la sécurité partout dans le pays. D’y installer un Etat qui ne sera plus policier, totalitaire, assassin, mais un Etat de droit et de justice.
Un Etat, certes, orphelin de ses disparu-e-s mais qui remettra en marche un appareil de justice et de réconciliation tel que, d’ici dix ans peut-être, on aura, dans le pays, pleuré et enterré nos morts, mais aussi reconstruit une vie digne pour nos enfants, pour vous… pour moi peut-être, si la chance venait à me sourire…
Dans tous les cas : Salut et Fraternité ! » 
Marie-Hélène.
***
1 - Liste des listes
Les choses qui m’indignent violemment sont toutes les sortes de discriminations envers les homos, envers les élèves en difficultés…
Je rêve de voir disparaître le racisme, l’homophobie…
Je me sens prête à défendre tous les « vilains petits canards »
Dans ma ville il y a beaucoup de Roumains qui sont obligés de mendier et de faire les poubelles pour vivre… Vivre, pas s’acheter une bague, un collier, mais VIVRE… ou survivre.

Écriture qui remue de l’intérieur.

2 - Lettre du prisonnier

Mon cher Frangin,

Comment te portes-tu ? J’appréhende mon interrogatoire de demain. Toi, tu le sais, je n’ai rien à me reprocher mais eux… Ils vont me harceler avec leurs questions, auxquelles je ne sais que dire.
Ma volonté de résister pour te revoir – tu sais, sans toi, je ne serais plus en vie depuis longtemps – est de plus en plus forte.
L’espoir de te revoir, de revoir ta maison, de voir ma belle-sœur, et puis il y a la « mimine ».
Tu me donnes la volonté de résister, de lutter.
Je t’embrasse bien fort
En espérant te revoir au plus vite,
Ta frangine.
 Nelly.
***
 1. Les choses que je rêve de voir disparaître :

Les barreaux
Les armes qui blessent
Les punitions
Les silences trop lourds
Les pièges
Quatre murs sans porte
Les sérums de vérité
Les mensonges pour le mal
Les questions qui n’en ont que le nom
Le sang qui coule sans renaissance
Les chars quand ils sont d’assaut
Les fleurs artificielles sur les tombes
Le Quoi et comment quand il n’est plus que le où et quand
Les campagnes qui sont de Russie ou d’ailleurs
Le mot bâillonné, garroté
Le boulet de forçat
L’électricité qui n’est plus lumière
L’entonnoir qui remplit de malheur
L’odeur de la mort avant l’heure

Tout ce qui m’empêche d’aller vers toi

2. Lettre d’un prisonnier qui va être torturé
Chère maman,
Tu m’as toujours dit de mettre mon cache-nez , de rouler prudemment en vélo, de cirer le cuir de mes chaussures, tu m’as aussi dit que la vérité est toujours bonne à dire ou à taire, que vivre est une décision, que l’acte libre détermine l’être entier, qu’il est bon d’écouter les enfants et le vent, qu’aujourd’hui n’a qu’un temps pour chacun et que l’éternité est pour l’homme à venir.
Maman riche de ton cœur libre que tu nous as partagé, je suis dans cette prison construite par ceux qui veulent et choisissent pour tous, ceux qui ont oublié ce qu’est le petit matin quand l’oiseau te réveille et t’appelle au dehors, ceux qui vont m’obliger à dire le contenu de mon âme pour semer des malheurs, ceux qui sèchent le pain que tu rompais pour nous.
Chère maman, comme je suis fière du courage joyeux et comme j’ai peur.
Peur de mourir, de ne plus vous voir, peur de ne plus goûter, sentir, penser, dormir, rêver et chanter.
Chère maman, mets ton joli tablier et fais-moi des beignets aux pommes, pour ce jour nouveau.
Ta fille,
Nicole.
***
1 – Liste des causes qui me donnent envie d'écrire.

- Plaire aux gens que j'aime
- Éviter le blasphème
- Exprimer mes sentiments
- Éviter les embêtements
- Partager ma passion
- Dire ce que j'ai au plus profond
- L'Amour des lettres
- Éviter de faire le pitre
- Oublier les soucis du vieillard
- Tuer l'ennui

Amour des lettres, laissez la porte ouverte!

2 - Lettre d'un prisonnier

Que dois-je faire ? Que dois-je dire ? Subir les aveux ou aller contre eux ? Je ne sais plus quoi faire, j'aimerais arrêter de penser, voire d'exister. Mes seules pensées sont celles qui me mèneront pas loin… celle de ce moment… du jugement… J'aimerais partir de cette prison, aller te retrouver, retrouver cet être aimé. Mais je ne peux pas, je dois rester là. J'entends des claquements de porte qui me rappelle quand tu rentrais du travail et que tu venais me retrouver. Mais ça c'était avant que je sois arrêté. Faut que j'enlève cette pensée, car elle va me ruiner … J'aimerais tellement te retrouver… J'ai cette peur qui assaille mon cœur et ne sait plus donner l'heure…! Je vais y arriver, je me le répète sans cesse pour oublier cette paresse. J'aimerais tellement retrouver mon pays, aller au-delà de ces barreaux. La liberté, lieu où on ne peut être aliénés mais j'aimerais y rester, y aller et jamais me retourner.
 Sophie.
***
Dernière lettre
(en utilisant la « contrainte du prisonnier »)
Mauvais soir ce soir, ce soir noir, ce soir vaincu où vais mourir. Ce soir, écrire : vivre encore un moment. Écrire : nécessaire. Écrire car vous avez à savoir. Serré en ces murs de craie, écrire. Avec cette eau de ma vie, eau carmin de mes veines, sur un mur, écrire.
Se souvenir : ruisseau sur une mousse rousse, oiseaux sur un océan miroir, soirs ocres et mauves... Ma main, nos mains réunies ; ivresse. Vos sourires, nos rires : nous vivions.
Mais voici que vais mourir. Mourir... Ne suis rien. Ou... un murmure ? Non, même un murmure ne suis. Une aurore arrive, mais n'en verrai rien. Rien ne suis, rien ne sommes.
Rien ? Ni vous, ni moi ? Évanouis ? Aucun, aucune âme ? Rien ne sommes ? Os secs, os en amas ? Non. Non ; vie vaine ne veux avoir. Sommes vie, si nous aimons. Si vous m'aimez, suis. Si nous aimons, nous sommes. Sauvés. Nous sommes sauvés. Nous aurons vaincu.
Nous serons oiseaux en un air moins noir. Nous serons nuées évanouies sur une mer nacrée. Nous irons vers cieux azur. Vie nous serons. Vie nous sommes. Moi comme vous ; nous sommes car nous aimons. Aimer, vivre. Aimer encore, vivre encore. Ainsi nous sommes. Encore, encore, encore.
Vous, et moi, verrons aurores, soirs aussi. Vous vivrez, aimerez, rirez encore. En vous, avec vous vivrai. En vous serai, aimerai, rirai.
Une aurore arrive, vous verrez. Nous serons soir, nous serons aurore. Nous serons.

Pris !

Leur mépris. Trop bête ! Pris ! Ça devait arriver. Seul, maintenant. Où ? Noir. Froid. Peur. Faim, soif. Tenir. Combien de temps ? Tenir encore... toujours ? Plus rien à quoi s'accrocher. Eux, pourtant, eux, dehors, eux vivants. Vivants... peut-être ? Quelle vengeance sur eux ? Quel mépris ? Faim. Souffrir. Soif mais tenir.
Ils arrivent ! Combien ? Pourquoi ? Les coups... Terreur. Souffrir, tant et tant... S'évanouir. Jeté par terre. Le noir, encore. Le froid. Mais tenir. Dormir. Ne plus en entendre. Les cris. Mes cris. Leur mépris. Leurs sourires malfaisants. Mourir ? Dans combien de temps ? Seul...
Mais eux, pourtant ? Les autres ? Dehors, peut-être encore dehors, peut-être encore vivants. Oui ; vivants. Il faut. Sinon... alors s’accrocher. À cette idée. Vivants. Vivre. Tenir. Mais eux pourtant, dehors, quelle terreur ? Quels mensonges...
Soif, faim, froid, noir. Souffrance. Trop. Plus. Plus rien.
Qui suis-je encore ? Suis-je encore ? Mais eux pourtant... Eux, dehors. Ils comptaient sur moi. Qui compte encore sur moi ? Pourquoi ? Que puis-je ? Qui suis-je ? Que suis-je ? Loque qui saigne, qui vomit, qui pue. Qui vit encore, pourtant.
Tenir : à quoi bon ? Finir plutôt ; mourir. Mais comment ?
Laisser… Ils viennent. Encore ! Pour qui ? Pas pour moi, non pas pour moi, pourvu que... Si, pour moi. Alors baisser la tête. Tenir en baissant la tête. Leur mépris. Leurs coups. Leurs sourires malfaisants. Leur mépris. N’être plus rien. Une loque encore palpitante. Tenir encore... espérer, ou mourir ?
Sarah.
***
1 – Choses auxquelles doit penser le prisonnier
Quel temps fait-il dehors ?
Comment va ma famille ?
Ont-ils aussi été arrêtés ?
Quand pourrai-je sortir ?
Depuis combien de temps suis-je ici ?
Quelqu'un se préoccupe-t-il de mon sort ?
Est-ce la nuit ou le jour ?
Quand va-t-on venir me prendre pour me torturer ?
Aurai-je un avocat ?
Vais-je avoir un procès équitable ?
Va-t-on me laisser parler ?
La cause que je défends en vaut-elle la peine ?
Combien d'autres personnes sont dans mon cas ?
Vais-je pouvoir sortir un jour ?
Pourrai-je voir une dernière fois mes enfants ?
Vais-je m'en sortir ou mourir ici ?
Y a-t-il un moyen de s'évader ?
Existe-t-il un pays où je pourrais m'exprimer en toute liberté ?
Vais-je pouvoir résister longtemps ?
 
2 - La lettre du prisonnier

Du fond de mon cachot, je t'écris, ma douce.
Je ne sais si cette lettre te parviendra.
J'ai vu l'avocat. Il m'a fait passer ta lettre. J'aurai voulu la conserver sur moi, mais comme le papier est rationné ici, j'écris au dos de celle-ci. Le pain que tu as fait passer a bien profité à mes gardiens, même s'ils m'ont accordé d'un manger un morceau que j'ai longuement savouré.
Excuse mon écriture illisible. Je n'ai plus mes lunettes et la seule lueur ici est celle d'un néon qui me donne la migraine et m'empêche de dormir. Ce qui est le plus ennuyeux ici, c'est que le pot de chambre n'est vidé que tous les deux ou trois jours. Les mouches me tiennent compagnie, comme les cafards. Je ne sais pas comment ils arrivent à entrer à travers ces murs sans failles. Si je le savais, je pourrais certainement me faufiler dehors par le même chemin. J'ai perdu tellement de poids que je perds en permanence mon pantalon. Un des geôliers a été assez compatissant pour me donner une ficelle afin de le faire tenir. La nuit, j'entends les prisonniers des cellules voisines gémir ou hurler. Mais je n'ose me plaindre de ce tapage nocturne. De toute façon, comme je te l'ai dit, je ne dors pas beaucoup. Et tu me connais : j'ai toujours été insomniaque.
Je dois te quitter. Le néon faiblit et je n'ai plus de place pour écrire.
Comment vont les enfants ? Embrasse-les ainsi que ma mère et tes parents pour moi.
Dis-leur que je vais bien et que je sortirai bientôt.
Au revoir, ma douce et porte-toi bien.
Greg.
***

mercredi 11 novembre 2015

Atelier d'écriture du 09/11/2015 - 18h15

Inducteur comestible par Laurence : gaufrettes avec textes.
Animé par : Virginie
***
Laisser dire.
Sofia appelle Jamel.
-Ton petit-déjeuner ! Tu vas descendre ?
L’enfant rebelle rechigne à sortir de son lit.
Cela fait cinq ans que Sofia habite seule cette cité de banlieue. Cela fait cinq ans qu’elle est partie. Qu’elle l’a quitté. Oui, ils se sont séparés, elle et son mari. Il n’y avait pas de raison. Personne n’a compris.
-Mais tu es folle ? Un mari aimant ! Un père compréhensif. Non mais, où as-tu la tête ?
Sofia a quitté son mari comme on ressuscite à la vie. Après, il a fallu reconstruire. Sa fille aînée, Samia, et sa crise d’adolescence. Retravailler. Car c’est une chose que son mari ne voulait pas qu’elle fasse : travailler. Gagner sa vie. Être indépendante. Alors, il a fallu apprendre. Les cours du soir. Plus tard, je serai secrétaire. La jeune fille avait mûri. Elle avait rencontré son mari. Elle y avait cru. Tout semblait carré, rectiligne, défini, droit. Une belle et grande autoroute.
-Jamel ! Ton petit-déjeuner ! Descends ! Je ne le répéterai pas deux fois. Dans dix minutes je pars, moi !
L’enfant dort. Il dort encore. Il n’est pas rebelle, l’enfant. Il n’est plus rebelle. Il attend. Tranquillement, dans son lit. Le rêve éclot encore. Il dort. Il rêve qu’il piétine. C’est un rêve ? C’est un rêve. Le rêve éclot encore. Une grande avancée. Ciel de Bretagne. Bleu printanier. Nuage d’automne. Autoroute droite. PAN ! dans le décor.
Personne ne sait comme l’enfant l’atmosphère pesante entre sa mère et son père, dans la grande maison familiale.
L’autoroute et ses embardées. Ou plutôt… et ses absences de dérapages.
Aucun accroc.
Qui sait le poids de la route.
Bien faire. Laisser dire.
Sofia dépose un baiser délicat sur la joue de l’enfant endormi. Bien faire. Laisser dire. Sentiment brûlant de vivre.
Et tant mieux pour les embardées. On les affrontera ensemble.
Catherine.
***
Je ne finis jamais mes livres alors qu'ils sont très intéressants pour moi. Il faut vraiment que je me mette à la lecture de beaux livres comme le bouddhisme, le taoïsme, la science, l'univers, la voyance. Tous les livres mystérieux qui m'intriguent car j'aime tout ce qui est mystérieux et inexplicable comme l'au-delà, la science, les planètes, le système solaire, les esprits, la réincarnation, l'univers et enfin les comètes. Les mystères de la nature à savoir que l'on est en train de détruire l'écosystème et de polluer la planète. Mais jusqu'à quand ? Je ne sais pas. Mais en attendant, je vais manger ma gaufrette délicieuse du nord, car je ne perds pas le nord !
Djamel.
***
Voilà mon petit texte. Je vis avec les deux P, les deux I et les deux J. Pour les P, c'est la pérennité et la prospérité ; pour les I, c'est l'ignorance et insouciance et pour les deux J, c'est la joie et la jovialité. Chez moi je me sens au paradis. Dehors, je me sens sur une île paradisiaque. Le présent pour moi c'est comme si c'était le passé et le passé c'est comme si c'était l'antiquité, et le futur c'est comme ci c'était la genèse c'est à dire la création du monde. Je ne connais ni la crise, ni la fin du monde. Pour moi, ce ne sont que des mensonges. Il en est aussi de même pour la violence et la sexualité. Moi je trouve que la violence a largement diminué comparé à l'époque romaine, 39-45, les années 60, 70, 80, 90 jusqu'au passage à l'euro. Pour la sexualité, elle a aussi largement diminué à partir de 2013.
Antonio, écrit à l'atelier des Moyens du Bord.
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La nuit porte conseil m'a-t-on dit ? Cela fait plusieurs matins que je me lève sans avoir les idées plus claires. Pas le moindre petit éclaircissement, ni le moindre voile levé ! Franchement, celui qui m'a donné ce conseil est un sacré filou. C'est même une satanée supercherie ! Tout comme "qui dort dîne ". Non, mais je rêve ! La dernière fois, j'ai été réveillé en pleine nuit par la faim ! Ce que c'est désagréable ! Si je chope celui qui a inventé ces phrases à la con, je lui tords le cou. Ggrrrr ! Qu'est-ce que je fais moi maintenant avec toutes ces questions sans réponses, toutes ces interrogations, toutes ces angoisses, tous ces choix cornéliens que je ne saurais faire ? Ah, c'est malin, j'ai des envies de meurtres. Honnêtement, plutôt que de donner des conseils à la mord moi le nœud, les gens feraient mieux de se taire et de s'occuper de ce qui cuit dans leur marmite. C'est comme ceux qui t'indiquent un chemin alors qu'ils ne connaissent même pas le quartier. Mais taisez-vous plutôt que de raconter des âneries ! Ah, ça m'énerve ! L'autre jour, je me suis retrouvé en rase campagne, au milieu des champs, au milieu de nul part, en suivant les indications qu'une petite mamie m'avait si gentiment donné. Je suis beaucoup trop naïf… Les vieux ne sont pas toujours des personnes de confiance, pppffff. Il faut se méfier de tout et de tout le monde de nos jours. C'est dingue ! Non mais où va-t-on ? La nuit porte conseil, je t'en foutrais moi tiens !
Virginie.
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Rapide comme l'éclair
Nul si découvert
À vendre

Y'en a qui léchouillent leur gaufrette.
Ils sont rapides comme l'éclair
Pour découvrir leur texte.
Moi j'ai « Nul si découvert ».
Comment, avec cela, inventer une historiette ?
« À vendre » dit l'autre côté.
Je vais avoir du mal à imaginer, dans ma tête
Un écrit bien tourné,
Une narration bien faite.
Et puis soudain ça vole, ça virevolte, tout le monde se met à penser,
A faire courir la mine sur le papier.
Des mots qui se mangent,
Qui s'avalent comme des cheveux d'ange.
C'est de la nourriture en même temps pour l'esprit et le corps.
On en redemande encore.
Des mots sucrés à découvrir avec la langue,
Qu'on déguste comme une mangue,
A pleine bouche ou du bout des lèvres.
Réciter une fable de la tortue et du lièvre
Ou lire un roman mettant en scène
Des mousquetaires ou une madeleine,
Tout cela en léchouillant un biscuit de chez les ch'tis
Ou en dévorant un poulet rôti.
Avouez qu'il y a pire dans la vie.
Si on pouvait, dans son lit,
S'empiffrer de gâteaux
Et dire le lendemain : « J'ai lu tout Victor Hugo ».
Et si on vous disait « Tu as encore pris du poids »,
Pouvoir répondre « Normal, j'ai lu Alexandre Dumas ! »
Ne serait-ce pas l'extase ?
Greg.
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Les phrases : À la prochaine / Rapide comme l'éclair / Attendez-vous à une surprise

Il m'avait dit "Attendez-vous à un' surprise"
J'étais parti, confiant (pas trop) sur les rochers,
Le rendez-vous était fixé à l'heur' du thé
Au loin naissait, dans le brouillard, la lune grise

J'ai parcouru bien quinze lieues quand, harassé,
J'ai toc-toqué à sa fenêtre aux rideaux rouges…
Sa tête hirsute est apparue, énorme courge
Toute taillée de crocs pointus, les yeux gonflés

Il m'avoua avoir croisé une sorcière
Et pensant être au moins rapid' comme l'éclair
Fit un croch'-pied… Sentit le soufre de l'enfer
Et entendit « à la prochaine ! » siffler derrière…
Jean-François
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Locutions retenues après « léchouille » des gaufrettes :
Bon pour une gaufrette, Bonjour chez vous, Le carnaval de Brou…
– salut les potes, êtes-vous allés au carnaval ? savez bien, celui de Brou qui avait lieu jeudi sur la place du village ?
– boff ! nous les carnavals, ça ne nous enchante pas, on préfère aller au théâtre…
– au théâtre ! vous êtes un tantinet snobs vous autres ! on ne s'y amuse pas… Tiens, nous on a gagné un bon pour une gaufrette au carnaval, c'est-à-dire qu'on a pu participer à l'atelier d'écriture au Remue-méninges, alors voyez, on sait nous aussi avoir des activités culturelles… la gaufrette était en somme un laissez-passer pour aller se divertir et créer les textes qui nous amusent…
– alors là, chapeau bas ! partir d'une gaufrette pour faire de la création littéraire, fallait y penser, je vous le concède… moi je l'aurais mangée avant même d'avoir pris la plume ! Au théâtre, tu ne crées pas mais tes méninges sont en ébullition tant les thèmes proposés sont riches en enseignements qui peuvent te transformer à jamais…
– ben d'accord ! mais la gaufrette peut aussi te transformer : tu ingères quelques acides gras saturés et tu prends des kilos, si tu es allergique au lactose, tu fais une réaction, de même avec le gluten, alors, on est ex eaquo !
– boff ! on ne se comprendra jamais, alors bonjour chez vous…
Michelle.
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EXPLORATION DE LA GAUFRETTE
D'abord, lire le dessus.
Rectangle d'ocre pâle.
Lettres majuscules en relief, relief trop faible pour qu'elles soient facilement lisibles.
Le cadre autour, rectangle lui aussi, donne à la brève maxime un air de plaque de rue, de pierre tombale, de panneau de mise en garde, ou de résumé à apprendre par cœur dans le manuel d'un écolier d'autrefois.
Déchiffrer les lettres, la formule, banale : « à consommer avant le ».
Avant quand ? Il n'y a même pas la date.
Seconde gaufrette (puisqu'il n'y en aura pas de troisième) : même aspect. Blond clair, du blé dont on fait les bons gâteaux.
Quand j'étais petite j'espérais lire sur le biscuit qui m'étais échu l'annonce d'un amour prochain. Gâteau chinois en somme : fortune cake.
Les gâteaux sont-ils si souvent prophétiques ? Y trouve-t-on souvent un anneau, message secret d'une princesse cachée ?
Mais dans le cadre fantaisie qui se craquelle, je lis seulement : « passe ton tour ». Phrase peu exaltante.
Allons voir ailleurs, cherchons à l'intérieur. Car chacune des trois plaques de biscuit qui constituent la gaufrette porte quelques mots. Quand je pense qu'il n'y a que quelques mois que je le sais ! Je regrette mon manque de curiosité, d'ingéniosité. Si ça se trouve, j'ai loupé des prophéties essentielles… en les mangeant !
Alors qu'il suffit de décoller la plaque de dessus (ou de dessous, on s'en fout), et de lécher précautionneusement, du bout de la langue, la mince couche de crème sucrée, jaune très pâle, presque blanche. C'est bon. Bien meilleur que la gaufrette croquée sans attention ni ménagement. On pourrait même penser à des choses…
Les lèvres deviennent graisseuses, poisseuses, enfantines
Faire très attention de ne pas briser la fine tablette ! Si ça arrive, espérer qu'on ne perd pas de lettres indispensables à la compréhension de la maxime ; car dès que cassé, le petit triangle est avalé : la bouche, c'est bien programmé, ça se débrouille pour faire disparaître, dès lors qu'aucun signal de danger n'est détecté, tout fragment se trouvant à une portée aussi immédiate.
Couche micrométrique par couche micrométrique, dépouiller le rectangle (ou ce qu'il en reste) de toute sa crème. De temps en temps, éloigner la gaufrette de la bouche et mesurer les progrès du déblaiement en tâchant de discerner, à lumière rasante, tout ou partie du message.
Enfin, le message ! C'est : « vivement la quille »
Alors ça c'est bien vrai ! Par exemple, si je partais en retraite, je pourrais dire : « Vivement la quille ! »
Ah bien d'ailleurs je vais bientôt partir en retraite… Alors je peux le dire : Vivement la quille !
Finalement, ces gaufrettes, elles sont peut-être bien le support de vraies prophéties. Ou du moins peut-être nous arrivent-elles bien autrement que par hasard.
Mais alors, le « à consommer avant le » et le « passe ton tour », est-ce que ce ne serait pas un petit peu inquiétant ? Par exemple, serais-je tellement en phase d'obsolescence qu'il vaudrait mieux que je passe mon tour ? Effroi.
Vite, la troisième maxime de la première gaufrette !
Refaire toute la manœuvre : décoller la plaque (attention ! doucement…), bien vérifier quelle face il convient de lécher : la face quadrillée en biais ne porte aucun texte, elle est juste gaufrée, sans doute pour donner plus de résistance au gâteau. D'où le mot de gaufrette Quand on a affaire à de gros carreaux, à la mesure d'un gâteau bien plus gros, on dit : « gaufre. »
Comme les gaufres hollandaises, celles que Hans Brinker avait achetées pour sa mère et sa sœur un soir d'hiver. Dans la journée, il avait enfin réussi à louer la force de ses bras pour quelques piécettes. Sans doute il s'agissait bien de gaufres, même si dans le texte français il est question de crêpes. En effet Hans « fait très attention à ne pas les casser », en les portant, enveloppées et bien au chaud, sous son paletot ; et plus loin dans le livre il en est question comme de « gâteaux ». Ce passage m'intriguait : on peut déchirer des crêpes, mais pas les casser. Et puis une crêpe c'est trop souple pour être un gâteau.
Des dizaines d'années plus tard, j'ai trouvé au supermarché de délicieuses gaufres hollandaises, dorées de miel, quadrillées, mais en forme de disques. Cette découverte jeta quelques lumières sur ce point non éclairci des patins d'argent. Et je devins certaine que Hans avait ce soir-là acheté des gaufres lorsque je découvris les gaufres belges, dans un film américain où un personnage prend chaque jour la photo du carrefour sur lequel donne son magasin de cigares ; ce carrefour, c'est celui dans lequel le Flatiron fait sa saillie étonnante.
Et Marin Marais dans tout ça ? Car en fin de compte ce qu'il reste, ce sont les gâteaux et le vin, la musique, et l'amour.
PS : « Mini-Moi, tu veux un panini ? Ou encore une gaufre ? »
Sarah PIERRE-LOUIS.
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« Rien ne sert de courir, il faut se goinfrer à point. »
Tel aurait pu être l'adage d'Obélix, célèbre acolyte d'Astérix.
Pour le motiver à se dépenser, dans le but qu'il perde du poids, Panoramix tenta d'inventer une gaufre magique. En effet, le glouton rechignait à courir, sauf s'il s'agissait de casser la gueule à du Romain, ou encore partir à la chasse aux sangliers, précédée d'un « Astérix, j'ai faim ! Quand est-ce qu'on mange ?! ».
La gaufre était rectangulaire, avec un nappage doux, léger, sucré, parfaite pour notre gourmand, qui la vit posée sur une table, près de l'arbre d'Assurancetourix, le barde.
En voulant la saisir, celle-ci lui glissa des mains et tomba au sol. Il crut apercevoir un message écrit sur l'une des faces, mais il était trop grand, donc trop loin pour lire. « Un message écrit sur une gaufre ? » s'interrogea le moustachu. En se penchant, il put lire l'inscription : « Par Bénélos et par Toutatis, tu vas courir pendant deux jours pour atteindre la demeure de Numérobis ». à peine eut-il lu ces mots qu'il prit la gaufre et l'avala, aussi incroyable que cela puisse paraître, contre son gré. Il était comme possédé. Il se mit alors à courir jusqu'en Égypte, jusqu'à la maison de l'architecte.
Les deux jours furent si intenses que l’Égyptien dut préparer un lourd banquet : la scène se finit comme d'habitude sur un repas copieux… et Obélix n'a pas perdu un gramme !

CHARPIOT Cathie.
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Première phrase : « Histoire croustillante »
Deuxième phrase : « L’espoir fait vivre ».

Dans la boîte clignotaient des lumières tamisées. Au milieu des clients, il regarda le balancement sensuel de ses hanches qui rythmaient la salsa. Plongea ses lèvres dans la mousse blanchâtre, vida le liquide doré, réclama un autre verre.
La fille se tortillait telle une liane, lui laissant espérer des gestes et des pensées interdites. A aucun moment pourtant elle n’avait levé son regard de panthère vers lui.
En passant à proximité, il l’avait effleurée, senti la soie vanillée de sa chevelure telle des gaufrettes. Sous sa jupe fendue, une cuisse fine, longue, qui disparaissait sous le tissu.
Il expira bruyamment, imaginant sa main glissant sur le nylon, puis sur la peau ivoire, avant de s’aventurer sous le porte-jarretelles noir. Elle en portait certainement un, en tout cas elle devrait !
Les yeux clos, il la voyait, ne se trémoussant que pour lui, les gens, les décors ayant disparu.
Elle ferait sauter les deux boutons qui fermaient son cache-cœur, d’un coup d’épaule il finirait à terre ; son soutien-gorge en corbeille dentelée de rouge, couvert de nœuds satinés, se décrocherait d’un geste de ses poignets.
La vue de ses seins ronds, lourds, à l’aréole brune, aux tétons dressés, fit apparaître une excroissance sous sa braguette. Il gémit, tira les pans de sa chemise, se colla au zinc.
Il se remit à rêver. Le nombril orné d’un piercing ondulait. La jupe rejoint d’un mouvement sec du bassin le sol lumineux qui éclaboussa la peau d’opale d’ombres vacillantes.
Elle ne portait plus qu’un string, et ses bas noirs maintenus par les rubans élastiques qui gainaient la taille fine, la paume de la fille resserra le tube d’inox du pole-dance où ses ongles manucurés allaient et venaient sans serrer. Il imagina sa virilité entre ses longs doigts. Une de ses jambes s’enroula sur la barre d’acier alors que la seconde s’écartait, telle un compas. En deux acrobaties elle se positionna en grand écart, la tête en bas. Il allait enfin…
C’est alors que la musique stoppa, les spots se rallumèrent, un individu le bouscula, s’excusa, tout se redessina dans la salle, son égérie avait rejoint ses amis.
Il termina sa clope, quitta l’établissement, abandonna les danseurs.
Il lui restait  une histoire croustillante pour sa nuit à venir. L’espoir fait vivre…
Patricia C.
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