mardi 27 octobre 2015

Atelier d'écriture du 12/10/2015

Animé par : Marie-Hélène
Quand les livres font des petits : marier 2 à 2 les titres de livres connus

Pas d'orchidée pour Kafka et Miss Blandish sur le rivage
À l'ombre de mon père et La gloire des jeunes filles en fleur
Albertine et Ulysse ---et --- Disparue
La gloire de chez Swan et du côté de chez mon père
Boucle d'or dans le vent et Autant en emporte les 3 ours
Sur la terre des hommes, des souris au ciel
20 000 lieues des jeunes filles en fleurs
Martine sur le rivage et Kafka à la plage

Écrire la quatrième de couverture d'un ouvrage dont le titre a été inventé plus haut
***
Autant en emporte les 3 ours

Il était une fois, dans une forêt lointaine, vivaient 3 ours mal léchés, abandonnés des leurs, tentant de survivre dans ce milieu hostile. Ours brun, ours gris, ours blanc, manquaient de nourriture et d'amour. Se promenant tous les jours dans la forêt à la recherche de vivres, ils rencontrèrent la fée Lutie. Elle pouvait transformer leur destin d'un coup de baguette magique. Elle leur offrit la possibilité de faire un vœu chacun. Quel sera le voeu de chacun des ours ? Quelle sera leur priorité ? Leur choix ? Vont-ils s'entendre ? Vont-ils s’entre-tuer ? C'est ce que nous allons découvrir au cours de la lecture de ce conte pour adultes pas tout à fait comme les autres, mêlant féerie, suspens, drame, misère sociale, isolement, déchirement, jeu d'influence, manipulation.

« À ne pas mettre entre toutes les mains. »
« Pour lecteurs avertis! »
« L'auteur, habitué des thrillers et enquête policière, détourne, cette fois-ci, le genre du conte, mêlant hystérie et poésie, pour un nouveau genre étonnant et tout à fait bluffant. »
Virginie.
***
« Les trois ours et des jeunes filles en fleurs » et « Boucle d’Or à l’ombre »
4ᵉ de couverture
BOUCLE D’OR A L’OMBRE

« Enfin justice est rendue !
Toutes ces interminables veillées passées à glorifier auprès de nos chères boucles blondes cette usurpatrice qui venait manger la soupe dans la gamelle de nos ours, de cette délinquante entrant par effraction dans ce doux foyer… »

Ce roman, basé sur des faits réels, narre avec brio et suspense, la longue investigation et l’arrestation périlleuse d’une des plus grandes criminelles de l’histoire des contes pour enfants.
Noémie.
***
À l'ombre de la nuit.
Conte onirique.

Extrait :
"Le Soleil était couché depuis une semaine déjà – ce feignant.
Où bien s'était-il enfui, lassé de sa routine astrale ?
Seule Lune désormais éclairait le ciel et la terre.
Les Trois Ours erraient dans la forêt, à la lueur d'une nuée de lucioles apprivoisées.
À la recherche de Boucle d'Or, aux cheveux couleurs de Soleil, disparue avec lui.
Et le temps passait, dans une atmosphère de fin du monde.
Lune commençait à fatiguer, et les lucioles aussi.
Et les Trois Ours erraient dans la forêt, à l'ombre de la nuit.
À la recherche de Boucle d'Or, et de l'enfant merveilleux qu'elle avait eu, avec un rayon de Soleil."

Sur une route de plus en plus sombre et parsemée d’embûches, y parviendront-ils ?

Fabien.
***
4ème de couverture de "Les 4 filles de mon père" :
 
  Voici l'histoire de 4 filles, voici l'histoire de mon père. Dans tout cela, on y verra sans doute un peu mon histoire aussi.
  C'est l'histoire d'une sorcière, d'une fée, et de deux dragons : je n'ai jamais aimé que la seconde. Elles sont quadruplées et le désespoir de mon père, ma mère a préféré fuir, et moi... je fais mon possible pour résister.
  C'est l'histoire d'une famille unie dans la discorde, aux temps anciens des chevalier, d'Arthur et des Dames d'Ys.
  N'y chercher pas la magie, elle est omniprésente ! Les arbres se plient au passage de la première, les roches brûlent au passage des deux dernières, la seconde essaie tant bien que mal de réparer les dégâts.
  C'est l'histoire de Merlin et de ses filles, la seule, la véritable, et je vais vous la conter !
 
Jean-François.
 

vendredi 9 octobre 2015

Atelier d'écriture du 28/09/2015

Animé par : Catherine
Donner l'étymologie/origine/signification de noms de plantes.

Joubarbe : petite fleur aux joues poilues dont les longs poils lui descendent jusqu'aux racines.
Yucca : plante dont le nom, issu du slogan américain « yes you can », fut raccourci et francisé pour les allergiques à la langue anglaise.
Anthémis : fleur, fan inconditionnel des trois mousquetaires, et plus particulièrement d'Aramis, prit le nom d'Anthémis.
Amaryllis : jolie fleur voyageuse des mers, larguant les amarres ici et là, voguant d'île en île, découvrant des contrées lointaines aux sonorités latines.
Virginie.
***
Amaryllis
Un poème sentimental anonyme se termine ainsi :
A Mary-Liz
Cette dédicace mystérieuse inspira ce nom au botaniste amoureux des belles-lettres qui a découvert cette fleur.

Anthémis
Cette héroïne grecque inconnue fut la maîtresse de Zeus. La femme de celui-ci la transforma en une fleur dont les pétales ressemblaient aux rayons du soleil. Elle fut ensuite la compagne de Narcisse qui se transforma également en fleur pour lui plaire.

Joubarbe
Découverte par un biologiste mal rasé.

Ancolie
Une fleur qui était couramment envoyée par la poste, autrement dit « en colis ». On laissa tomber l'adjectif « postal » qui faisait moins rêver.

Yucca
Comme cette plante pousse n'importe où, on dit fréquemment « Y a qu'à la planter là ». Appelée aussi « plante Yaka ».
À ne pas confondre avec le « faucon Yaka » qui est un animal donneur de leçons.
Greg.
***
Elle s'appelait Mel, et portait dans les cheveux une fleur d'Ancolie.
Je l'ai rencontrée au bord de la Mer Noire, en Anatolie.
Sur la terrasse de la paillote, elle a mangé une salade, et moi des raviolis.
On a parlé voyages, humanitaire, littérature, écologie.
Elle avait… ce quelque chose… ce petit brin de folie.
Dans ses gestes, son regard, son rire – cette mélodie.
On a dansé, rêvé, fait l'amour, sous les étoiles, toute la nuit.
Au petit matin quand j'ai rouvert les yeux, elle était partie.
Aujourd'hui quand je repense à elle, je me sens envahir par la mélancolie.
Elle s'appelait Mel, et portait dans les cheveux une fleur d'Ancolie.
Fabien.
***
 Son prénom était Mel. Frêle jeune fille au regard bleu, aux joues roses, fraîche comme le matin. Elle allait, jour après jour mener, son troupeau dans les prairies de la montagne avoisinante, et y passait ses journées à rêver.
 Souvent elle traversait une petite rivière bordant un bois, calme et cristalline, et prenait parfois cinq minutes ou un peu plus pour se mirer dedans. Jusqu'au jour où elle aperçut un visage à côté du sien, fugitif... Mais l'image était agréable. Et troublante.
 Elle s'arrêta plus souvent, tout comme ses pas la dirigeait plus fréquemment de ce côté de la montagne. Et le visage revenait, plus fréquemment, plus net... Elle se prit à lui parler parfois, à lui demander de s'approcher, de sortir de son lit mais jamais il ne répondait !
 Un jour, à le voir ainsi immobile, elle commença à s'énerver. Le lendemain un peu plus, le surlendemain aussi. Et elle finit par jeter une grosse pierre sur cette apparition... Qui disparut.
On raconte qu'elle revint mais jamais ne le revis, et que de tristesse elle finit par se laisser mourir de mélancolie. D'aucun raconte qu'une fleur naquit en cet endroit. Le prénom de Mel a disparu depuis et on nomme cette fleur "ancolie".
Jean-François

Atelier d'écriture du 14/09/2015

Animé par : Greg
Divers incipits

« Un homme comme vous … », me disait-on, avec gentillesse, et je blêmissais.
(La Chute, Albert Camus)

« C'est votre pied, Zizi ! Vous marchez sur mon écharpe. »
(La Machine Infernale, Jean Cocteau)

Beaucoup de personnes à qui j'ai raconté cette histoire se sont moquées de moi. Je ne sais plus que penser.
(Le Horla, Guy de Maupassant)

« Alors, qu'est-ce que c'est, demande Arbaud, c'est grave ? »
(Colline, Jean Giono)

« Vous n'avez donc point d'ambition ? me dit à dîner la duchesse d'un air dur.
(Le Lys dans la Vallée, Honoré de Balzac)
***
« Un homme comme vous … » me disait-on avec gentillesse, et je blêmissais.
C'est vrai, dans le fond, un homme comme moi, ça sait se tenir, ça marche droit et pas sur les plates-bandes du voisin. Alors, bien sûr, des fois, on a une furieuse envie de prendre un marteau et de le lui planter dans le crâne, au voisin. Mais on dit rien, on laisse couler, avec un sourire de circonstance, en disant merci et pardon. On s'assoit gentiment dans son fauteuil et on boit une bière en s'abrutissant devant un écran. La société, elle est comme ça, que voulez-vous, elle aime les types au garde-à-vous, le doigt sur la couture du pantalon. Vous avez le droit de remplir votre compte en banque avec une misère en vous faisant humilier par un patron qui possède à peine la moitié de votre QI. Vous avez ensuite le droit, et même le devoir, nous dit-on, de le vider aussi sec, ce compte pour acheter des babioles inutiles et vous bourrer de cochonneries qui vous pourrissent de l'intérieur.
Alors, oui, je portais un costard et je conduisais une voiture dont le prix avoisinait le budget de l'éducation nationale d'un petit pays d'Afrique, mais quand ma femme s'est barrée avec mes trois gosses sans laisser d'adresse, j'ai plongé, c'est humain. J'ai descendu une petite douzaine de bouteilles de ma cave pour fêter ça.
Puis je suis sorti me défouler un peu en conduisant ma BM. Prendre de la vitesse, c'est comme prendre de la hauteur. Le monde vous paraît plus petit, vous avez un sentiment de puissance. Ça vous change un homme. Mais l'homme, tout puissant qu'il est, il est toujours soumis aux lois de la physique.
Ce type-là, devant moi, il était au mauvais endroit au mauvais moment, il n'y pouvait rien. Mais que voulez-vous, la vie est injuste, c'est même un de ses principes. Et lui, en plus il les respectait, les règles. Il s'était arrêté au feu rouge, bien sage, comme un enfant qui fait ses devoirs. J'ai pourtant freiné, je vous jure, je ne voulais pas lui écraser le coffre à sa Renault. Et après, il est sorti de sa caisse et il s'est énervé. Moi non, je suis resté calme, monsieur le juge, et le cric je sais pas comment il est arrivé là, dans ma main. Fracture du crâne, qu'ils ont dit.
J'espère qu'il va s'en tirer, monsieur le juge, je lui ferai envoyer des fleurs à l'hôpital. Des roses ou des œillets, qu'est-ce que vous en pensez, votre Honneur ?
Greg.

Atelier d'écriture du 28/06/2015

Atelier d'écriture du Remue-Méninges aux Guinguettes avec le Cercle des Lettres et des Arts

Animé par Sarah.

1ère partie :

Trouver le plus de mots possibles (>= 3 lettres) avec les lettres de REMUE MENINGES

SINGER MUGIR GENIE EMINEM MUSE MIMES EMMURE MURENE MINE RUGI REUNIS SINUER GESIER GEMIR INGRES SEREIN SERINGUE MERINGUE MINEUR SEMEUR ENIGME GENS SERGE URINE USINER MUER MURGE REMI RESINE IRE REGIS SUER RUSE REINE REGNE RUMINE MERE GENE MIGRE GRIME SIGNE MIEN URGE GIN GUERIS MINUS GEINS GERME EMERGE RUEE EMUE ENNEMI NUEE GESIR NIMES RENNES MENINGE GRUE GRISE EUGENISME NEGRE NEIGE SURIN

2ème partie :

Faire un texte avec tout ou partie de ces mots

Il fait qu'à singer le talent, celui-là, toujours à mugir après ses semblables. C'est tout de même pas un génie. Il parle, il parle, mais son bagout, c'est pas du Eminem. Il a pas chopé la muse. Il fait des mimes, il fait des gestes comme s'il était emmuré et n'arrête pas de montrer ses dents de murène, noires comme s'il sortait de la mine. Un jour, alors que nous étions tous réunis, il nous a rugi dessus. Nous avons dû sinuer pour l'éviter. Puis on est allés manger du gésier au resto. Mais il nous a suivis, il faisait que gémir derrière nous, à croire que c'était son violon d'Ingres. Pas croyable. Et tout d'un coup, il s'est arrêté, un air serein dans le regard, comme un gamin devant une meringue. Encore un peu et on appelait des infirmiers armés d'une seringue pour le calmer, ce mineur semeur de désordre.
C'est quand même une énigme, tous ces gens, comme Serge qui urine contre les murs de l'usine. A croire qu'il a mué à la suite d'une murge. Ou comme Rémi, qu'on dirait qu'il a sniffé de la résine. Et Régis, qui nous fait suer à inventer tous les jours une ruse différente pour séduire sa reine, comme il dit. Mais le règne de l'hypocrisie, c'est terminé. Fini le temps où on rumine sa colère contre sa mère ou bien contre le gène de la bêtise. Il est temps qu'on migre, pas du tout grimés, vers le pays de la franchise. Ça urge et alors que je bois dans un verre, le mien, plein de gin, il me semble que je guéris. Mais comme les minus que vous êtes, je geins à la pensée du germe qui émerge. C'est la ruée vers l'émotion. Oui, je suis ému à la pensée de la nuée d'ennemis qui sont après moi, qui n'attendent que ça, me voir gésir à Nîmes ou à Rennes. Et quand je vois cette grue complètement grise, là-bas dans la rue, je songe à l'eugénisme.
Et cette neige qui tombe sans fin...
Une ire sacrée s'empare de moi et j'empoigne mon surin pour en finir avec l'humanité entière.
Greg.

jeudi 24 septembre 2015

Atelier d'écriture du 08/12/2014


Animé par : Henri

Il s'agit d'écrire un poème d'amour sans employer les mots : fleurs, papillon, absolu, amour, tendresse, cœur, oiseau.

Par contre il faut caser TVA, lessive, slip, politique, télé et foot.

***
Poème d'amour, sans et avec.

À la caisse tu m'as dit
Avec la TVA
Cinq euros soixante-dix ça vous fera.
À ta voix j'ai frémi.
Pas à cause de la lessive,
Non, mais à cause des Maldives
Où je voudrais aller avec toi.
Quand je te vois
Dans ma tête ça fait bip.
Plutôt que de laver des slips,
Je voudrais avec toi m'envoler
Pour ces pays lointains qu'on voit à la télé
Entre match de foot et débat politique.
Mais voilà, j'ai pas de fric.
Enfin, assez pour la lessive
Et pour le lavomatic,
Mais pas pour les Maldives,
Pas pour les tropiques.
Voudras-tu quand même partager mon chez moi  ?
Voudras-tu dire avec moi on est bien tous les deux ?
Il nous suffit d'une chaumière et d'un toit,
Et nous serons heureux…
Sarah PIERRE-LOUIS.
***
Comme la lessive
Dans le lave-linge
J'ai l'esprit à la dérive
Au Remue-Méninges
Comme la TVA
Ça revient irrémédiablement
J'ai le slip de guingois
Je rentre chez moi
L'homme politique, à la télé, ment
Je zappe, il y a du foot,
Je sens que je fais fausse route

Tu es semblable à la TVA
Une valeur ajoutée à ma vie
Dans ma lessive, mes slips sont en tas.
La politique, la télé, le foot,
Rien à fout'
Mais toi, tu es semblable à la TVA
Une taxe sur ma vie ajoutée.
Un petit con à la télé
Parle de foot et de politique
Tout cela me semble un langage hermétique.
Mais comme la TVA, je pourrais toujours compter sur toi
Pour me montrer comment plier mes slips
Et pour, de mon portable, entendre le bip.
Greg.

mercredi 23 septembre 2015

Atelier d'écriture du 09/02/2015


Animé par :  Henri.
Il s'agit d'écrire un texte dans lequel un animal des fables de La Fontaine (tiré au hasard dune enveloppe) rencontre un super héros (dont le nom est tiré de même.)
***
Une cigogne à Gotham

Dans Gotham embrumé on n'entend pas un son.
La ville sombre s'endort sous les voiles de la nuit.
Rien ne bruit.
Rien ? Si !
Des pas résonnent sur le bitume amer,
Tapements réguliers que le silence avale
à mesure qu'ils traversent cet espace en dédale.
Entre les îlots de lumière
Tombés des réverbères
L'asphalte est une mer.
Perdues dans le silence noir,
Trois ombres passent sur l'avenue solitaire,
Trois ombres, silhouettes précaires,
Avançant pas à pas.
À gauche la maman, à droite le papa.
Au centre le jeune Bruce peine.
Il donne la main : ses parents le traînent,
Ou presque. Il est fatigué :
C'est bien, le ciné,
Mais la séance était tardive
Et cette histoire de détective,
Selon Bruce, c'était presque un navet.
Ses parents le soutiennent entre les immeubles muets.
Délaissant l'avenue, ils prennent à droite :
La venelle est obscure. La peur vient, les mains se font moites
À travers les gants chics. Il se hâtent,
vite, avant que ça se gâte !
La petite famille Wayne
Sent déjà sa déveine...
Ils n'auraient jamais dû s'aventurer ainsi, seuls dans le ventre torpide
Des quartiers sordides.
Papa et maman regrettent,
Ils ont peur ;
Ils ont été très bêtes,
Se disent-ils en leur for intérieur.
Mais c'est trop tard.
Les voilà tels des poules devant le renard
Quand un homme habillé tout en gris
Surgit.
À son poing une arme luit...
« Aboule le fric, Pèpère ! »
Sans un mot papa Wayne s'exécute.
Il tend le portefeuille au voleur solitaire.
Mais ça ne suffit pas à cette brute,
Qui s'écrit : « Et toi Poulette, file le collier ! »
Il tire et voilà le fil cassé.
Les perles roulent à terre et sautillent, brillantes sur le bitume mouillé.
Elles glissent dans la rigole qui s'ouvre sur un trou
Puis disparaissent une à une, avalées par l'égout.
Tout s'arrête. Pas un bruit. Rien ne luit.
Ah si ! Un rayon de lune pâle tombant sur le canon levé
En fait briller l'acier.
« Pan »  entend-on.
« C'est pour toi papa, t'es trop con ! »
Papa Wayne s'effondre...
Mais déjà un autre coup de feu gronde :
«  Et celle-là pour toi, greluche, t'es trop cruche ! »
Et l'homme s'enfuit
Au fin fond de la nuit.
Bruce hurle entre les corps à terre
Dont le sang s'échappe en flot. Misère !
L'enfant est seul entre les deux morts.
Il crie si fort
Du fond de la ruelle
Qu'on l'entend jusque dans le ciel.
Par hasard une blanche cigogne passait par là,
Se hâtant, fort en retard sur ses collègues ailées
Déjà presque en Afrique,
De l'autre côté de l'Atlantique,
Chacune transportant un enfançon
Dans une large corbeille ou un gros baluchon.
Ces oiseaux sont ainsi faits qu'ils aiment les enfants.
Or, de notre cigogne le panier est vacant.
C'est pour elle un manque, un vide, une anomalie,
Pourtant depuis longtemps elle cherche un petit.
« En voilà un ! » s'écrie l'animal volant,
Alerté par les cris.
« Je vais le sauver ! »
Elle fonce, et de son bec si long
Elle saisit Bruce par son pantalon.
« Tu seras bientôt chez toi,
P'tit gars ! »
Les cigognes, ça a le sens de l'orientation.
Quand la police arrive Bruce est déjà parti,
Rendu chez lui,
Dans sa maison.
Et désormais c'est la cigogne et le brave Alfred qui prennent soin de lui.
Alfred fera cuisine et vaisselle,
La cigogne enseignera à Bruce l'art des ailes.

Moralité : du destin nous ne savons rien.
Sarah PIERRE-LOUIS.
***
 
La mouche et le Dr Jekyll.

Le Docteur Jekyll dans son laboratoire perché
Tenait dans sa main une cornue
La mixture dans le récipient bouillait lentement
Une fumée s'échappait du chimique bocal
Et dégageait une fétide odeur d'étron
Une mouche, voletant par là, fut par la fragrance alléchée
Elle tenta plusieurs fois d'atteindre ce liquide qui lui faisait tant envie
Vol en piqué, acrobaties, rien n'y fit
Épuisée, se posant sur la paillasse, elle attira donc l'attention du Dr Jekyll et lui tint ce court mais éloquent discours :
« Hé, Monsieur du Labo, que vous me semblez beau
Et sans mentir, si le contenu de votre bouilloire
Est aussi bon que son odeur est flatteuse, vous êtes
Le Phoenix des chimistes de ce pays ! »
A ces mots, le brave docteur ne se sentit plus.
Il laissa couler un peu du breuvage acide sur le sol.
La mouche s'empressa d'aspirer le liquide nauséabond si onctueux.
Elle se transforma alors en un agressif insecte de l'espèce nommée frelon
Et attaqua le sympathique docteur qui lâcha la cornue et tout le dangereux produit s'infiltra dans le parquet.
Ainsi prit fin cette aventure et le Dr Jekyll ne sut jamais en quelle créature monstrueuse il eût été transformé s'il eût bu le douloureux nectar.
Mais cela ne l'empêcha pas de recommencer le lendemain après s'être débarrassé de l'importun.

Moralité : avant de prendre la mouche, réfléchissez bien, Mr Hyde n'est peut-être pas très loin.
Greg.
***

mardi 22 septembre 2015

Atelier d'écriture du 17/11/2014


Animé par : Henri
Le texte doit commencer par «  Donne-lui tout de même à boire », dit mon père, et finir par «  Tiens, dit-elle en ouvrant les rideaux, « les voilà. »
OU
Incipit : « C'était un rat, un très gros rat, un rat monstrueux et affamé »
Fin : « La chandelle s'éteignit soudain, comme soufflée par une invisible bouche »

***

Les cigares.

«  Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.
J'obtempérai. À regret, je l'avoue. Elle aurait bien mérité de souffrir un peu. Pas de dessert, et pas d'eau. Ni de vin, ni de sirop. Quand on punit, on punit. Parfois, il faut être strict. Cohérent avec soi-même.
Mais voilà, mon père était comme ça. Toujours à se laisser attendrir.
Je versai un peu d'eau dans le verre de Chléa. Le tiers. Je m'arrangeai pour en renverser un peu à côté. Comme ça son verre goutterait quand elle s'en servirait, elle se mouillerait les doigts : un désagrément de plus.
Chléa se tenait raide sur sa chaise, les yeux baissés. Mais elle glissa un regard mauvais dans ma direction. Je m'en fichais, elle ne pouvait rien dire. Pas devant notre père, même s'il semblait ne plus nous prêter attention.
Sale gosse, cette Chléa! Toujours à se salir, voler, mentir et médire. Et taper, aussi.
Ce jour-là, mon père venait de la punir car il avait découvert qu'elle fumait ses cirages. En tout cas elle les volait. Pourtant, il les gardait dans le seul tiroir de son bureau qui fermât à clef. Comment s'était-elle débrouillée pour les voler, ça ça demeurait un mystère. Mais nous la connaissions bien, Chléa. Nous savions bien qu'elle était aussi rusée qu'habile, aussi imaginative que malfaisante. Donc ça ne pouvait être qu'elle qui les avait volés.
Notre père, devant la diminution rapide et inexpliquée de sa provision de cigares, ayant ainsi raisonné, en était arrivé à cette conclusion, la seule plausible, donc la seule vraie. Il essaya de lui filer une mandale. Chléa évita la gifle de peu, mais le coup passa si près que son chapeau tomba.
Tête nue, elle défia mon père du regard. Il semblait que rien ne puisse mater Chléa. Et surtout pas mon père, ce héros au sourire si doux. Qui finit quand même par décréter : «  Tu fumes ? Eh bien alors tu ne manges pas. » Il étendit trois doigts menaçants : «  Trois jours, tu entends ? Trois jours sans manger. » Et, pour que la punition soit complète, il ajouta que Chléa devrait assister à tous nos repas, assise sans bouger ni parler, devant une assiette vide.
Je mangeai avec grand plaisir tout ce qui nous fut servi à ce premier déjeuner auquel elle devrait assister le ventre vide : salade frisée aux noisettes, purée de carottes, petits pois, fraises du jardin... Chléa adorait tout ça, et sa présence, que j'espérais dépitée, rendait tout encore meilleur que d'habitude. Je mangeais sagement, en silence, sans poser les coudes sur la table, sans mettre mes mains dessous, bien droite, à petites bouchées silencieuses, sans faire tomber une miette. Je donnais parfois à mes lèvres de discrets coups de tampon avec ma serviette damassée, m'efforçant d'être aussi délicate et élégante que notre mère.
Moi, je suis une petite fille parfaite.
Chléa ne toucha pas à son verre.
Ce qui m'intriguait, quand même, c'est comment elle avait pu les voler, ces cigares. Avec toutes ces serrures ! Et comment faisait-elle pour ne pas empester le tabac ?
Je menai ma petite enquête. C'est à dire que je me forçai, tout au long des trois jours de sa punition, à adopter une attitude empreinte de compassion pour ma sœur. Ni arrogance ni moqueries ! Grâce à beaucoup de patience et de douceur simulées, je finis par lui inspirer tant de confiance (ou par tant la lasser) qu'elle consentit, le troisième jour, sous le sceau du secret, à accéder à ma demande : m'expliquer comment il avait été possible de dérober ces précieux cigares.
Sur la pointe de pieds, elle me conduisit dans la petite chambre d'Honorine, notre bonne. Sur le lit, une courtepointe impeccable, bien tirée. Sur la minuscule table de bois blanc, une cuvette émaillée et un broc. Pas de placard ; Honorine range ses maigres affaires dans un renfoncement du mur, équipé de quelques étagères et clos de rideaux de grosse toile.
« Mais qu'est-ce que ça a à voir ? » m'exclamai-je.
– Et bien tu vois, le père d'Honorine est malade, dit Chléa.
– Ah ben ça je sais ! Même qu'il est mourant ! 
– Eh bien mademoiselle, sache que seul le meilleur tabac soulage ses souffrances ; ça les endort, en quelque sorte, a dit le médecin. »
Je regardais Chléa, bouche bée : « Et comment tu sais ça, toi ?
– Je parle avec Honorine, déclara Chléa. Et elle me répond, figure-toi. Elle avait appuyé sur les mots parle et répond.
– Ah bah mais moi aussi je lui parle ! et elle me répond à moi aussi ! Qu'est-ce que tu crois ? répliquai-je.
– Et de quoi tu lui parles ? demanda ma sœur.
Je restai muette un instant. De quoi parle-t-on avec sa bonne ? De vêtements qu'elle devra tenir propres, et repassés, préparés pour le lendemain, parfois raccommodés ; des chaussures qu'elle devra brosser, de la chambre qu'elle devra nettoyer, et ranger, des objets qu'on a égarés et qu'elle devra retrouver... Enfin, de tout ce qui est nécessaire dans la vie de tous les jours ! D'ailleurs elle le sait bien tout ce qu'elle a à faire, Honorine. C'est une bonne et brave fille, il n'y a même pas besoin de lui rappeler tout ça.
– Eh bien moi je lui parle d'elle, déclara Chléa, d'une voix douce, que je ne lui avais jamais entendue. Et je l'écoute. Car elle aussi me parle d'elle-même. Elle m'a expliqué en pleurant qu'elle avait un jour trouvé la clef du tiroir sous un livre mal rangé, dans le bureau de Père... »
J'eus peur de comprendre : « Et les cigares, alors ?... »
Chléa respira à fond : «  Tiens », dit-elle en ouvrant les rideaux, « les voilà. »
Sarah PIERRE-LOUIS.
***
 C'était un rat, un très gros rat, un rat monstrueux et affamé. A la lumière de la bougie, dans cette chambre sous le toit, ses yeux brillaient d'un air mauvais. Ses petites narines s'affolaient, humant les odeurs du grenier, dans la poussière du soir. Il retroussait ses babines pour découvrir ses incisives qui me firent l'effet de lames de rasoir scintillantes. Je reculai mes pieds nus pour les protéger sous la couverture et je cherchai quelque chose pour me défendre. Je ne trouvai qu'une de mes chaussures au pied du lit. Notre face à face meurtrier débuta, une véritable scène de duel : moi, recroquevillé sur mon lit, ma chaussure à la main et lui, dressé sur ses pattes arrière, montrant ses crocs tout en remuant frénétiquement la tête. A chaque instant, tout pouvait basculer : il pouvait d'un bond se jeter sur le lit pour me grignoter vivant et je n'aurai alors pour me sauver que mon godillot, certes en cuir véritable, mais ferait-il le poids face à ces incisives de cauchemar ? Il n'en ferait qu'une bouchée, c'est certain, puis ce serait à mon tour. Soudain, j'eus une illumination : le chat de la maison ! Lui seul pourrait me sauver de cet affreux rongeur !
« Minou, minou » appelai-je, d'un air désespéré, sans trop y croire. Mais l'incroyable se produisit : le matou grassouillet apparut soudain près de la trappe et tenta de se jeter lourdement sur le rat qui poussa un petit cri strident et disparut dans l'obscurité des combles.
Seul resta devant moi un matou, un très gros matou, un matou monstrueux et affamé...
La chandelle s'éteignit soudain, comme soufflée par une invisible bouche.
Greg.
***